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La biodiversité des mares à l’épreuve de l’écrevisse de Louisiane

Grenouilles, tritons, agrions et potamots seraient-ils menacés par cette écrevisse exotique dans les mares véritables réservoir de biodiversité aquatique ?
Face à la menace d’une écrevisse de Louisiane déjà fortement implantée dans les marais de Brière et du Brivet et qui est connue pour ses capacités à se déplacer hors de l’eau, le Parc naturel et ses partenaires soucieux de la voir arrivée dans ces réservoirs de biodiversité aquatique se sont penchés sur l’écologie des mares dans le but de mieux comprendre leur fonctionnement.

Trois ans de terrain et d’analyse

Pour répondre à cette question le Laboratoire Ecobio de l’Université de Rennes 1, le centre national de la recherche scientifique et le syndicat mixte du Parc se sont associés, soutenus par L’Agence Française de la Biodiversité et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.  Comprendre la dispersion de l’écrevisse et des amphibiens ainsi que leurs interactions trophiques dans un réseau de mares ont mobilisés les chercheurs  qui ont panachés les outils d’investigation classiques (pièges) et modernes (génétique et moléculaire).

 

Une étude remarquable destinée aux habitants

Cette étude, complétant celles initiées depuis 2010 sur cette thématique, a constitué une thèse de doctorat brillamment soutenue par Nadège Belouard le 13 décembre 2018. Nadège Belouard et Jean-Marc Paillisson, son co-directeur de thèse, ont présenté leurs résultats à Saint-Lyphard le 13 septembre 2019.

Des propriétaires impliqués

Les mares sont localisées dans des propriétés privées, champs agricoles ou  jardins pavillonnaires. « Aller à la rencontre des tritons et des grenouilles, c’était d’abord aller à la rencontre des propriétaires de mares, dont l’accord et le soutien ont été essentiels pour mener ce travail » souligne Nadège Belouard. Localisées entre marais du Mès et Grande Brière sur la commune de Saint Lyphard, 157 mares ont été étudiées avec la complicité de 40 propriétaires.

Amphibiens du bocage briéron

Grenouilles vertes ou agiles, Rainettes, tritons ponctués, Crapauds … ; tous fréquentent les mares notamment pour y déposer leurs œufs. Parmi eux, un grand triton, le Triton marbré (Triturus marmoratus), espèce patrimoniale faisant l’objet d’une protection renforcée en métropole.

Des résultats encourageants

Contrairement à ce qui est observé localement ou ailleurs, dans de nombreux milieux ouverts que sont les grands plans d’eau et les marais, la prolifération de l’écrevisse de Louisiane se met plus difficilement en place dans un réseau de mares.

La distance maximale entre une source en écrevisses (cours d’eau ou marais) et une mare envahie de façon naturelle (entités rouges) est de 120 mètres. Cette distance a été utilisée pour définir une zone de colonisation potentielle (en gris). Même au sein de cette zone, l’écrevisse est absente d’une large proportion de mares (entités vertes).

Aussi, les amphibiens sont encore largement présents sur la zone d’étude malgré l’arrivée de l’Ecrevisse de Louisiane  en Brière 30 ans auparavant. De façon surprenante, cette espèce se disperse peu, au point que certaines populations isolées d’écrevisse pourraient s’éteindre spontanément, alors qu’on la sait capable de longs déplacements aquatiques et de sorties terrestres. Au sein du réseau de mares étudiées, son impact sur les populations d’amphibiens est  globalement seulement limité.
Si certaines années, les conditions hydrologiques seraient favorables à une vague de dispersion importante, en effectif et en étendue, cette dernière apparaît peu efficace pour implanter des populations durablement viables. A l’inverse, les années normales, la vague de dispersion serait de  bien moindre ampleur et ne concernerait que les mares les plus connectées du marais mais sa plus grande fréquence permettrait l’implantation de populations plus permanentes et impactantes.

 En comparaison les amphibiens dispersent également plutôt bien dans le bocage ce qui leur permet de trouver des espaces indemnes d’écrevisse et de nouveaux partenaires pour assurer un bon brassage génétique. Le triton Marbré, est le moins performant des espèces étudiées, accentuant son caractère d’espèce sensible.

Ces travaux ont  également mis en évidence que l’habitat (présence de poissons, végétation aquatique, couvert de canopée) et le paysage (réseau de haies) ont une grande importance pour le maintien des amphibiens dans leur coexistence avec l’Écrevisse de Louisiane.

La protection des mares du parc, encore très nombreuses, et des amphibiens peut maintenant s’appuyer sur ces résultats scientifiques, transposables tant à la parcelle, à un secteur qu’à l’ensemble du territoire.

A pattes mais pas que …

L’écrevisse exploite principalement les cours d’eau et fossés pour coloniser le bocage. La voie terrestre, spectaculaire est en définitive peu efficace. Certaines implantations remettent en cause cette logique et font suspecter une intervention humaine.
Attention le Transport et la remise à l’eau vivante de l’écrevisse est interdit…y compris dans une mare
.

Un patrimoine en danger  pas seulement à cause des écrevisses.

Les Amphibiens sont très sensibles à la présence de poissons parfois introduits dans ces milieux clos pour venir y pêcher. Une pratique tout autant dommageable pour ces espèces que l’arrivée de l’écrevisse de Louisiane.  Autre exotique, le ragondin peut s’installer dans des mares et y détruire la végétation favorable aux amphibiens. Mais avant tout, le comblement des mares  où ils se reproduisent et l’arasement des haies où ils vivent la plupart du temps  condamnent les populations.

 

Pour aller plus loin :

Un autre regard sur L’étude : 
– La Synthèse des premières rencontres nationales sur les écrevisses exotiques envahissante qui se sont tenues en Brière en 2013

Coexistence d'espèces dans des habitats discontinus.

Le cas d'espèces invasives dans des réseaux de mares. La prolifération de l'écrevisse de Louisiane est potentiellement très impactante pour les écosystèmes. Dans un réseau de mares, proches du marais, cette étude examine la dispersion et les interactions de l'espèce invasive et de communautés natives, plus particulièrement des amphibiens. Malgré l'omniprésence de l'espèce dans les marais depuis plusieurs années, sa dispersion dans le bocage est limitée et de nombreuses mares constituent de véritables réservoirs de biodiversité.

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