Suivis piscicoles : les poissons à la trace

Chargé de mission environnement au syndicat mixte du Parc de Brière, Jean-Patrice Damien l’annonce d’emblée : « Les poissons, c’est un domaine très particulier : ils restent sous l’eau, personne ne les voit »… sauf ceux qui ont l’art et la manière de les dénicher ! Les suivis piscicoles effectués dans le Parc de Brière visent à mieux connaître et faire connaître ces habitants des marais. Une démarche menée afin de donner aux différents acteurs des leviers d’action en vue de la préservation des espèces, car le but poursuivi est bien le même pour tous : protéger la ressource.

Drôle de Pêche

 

Pendant une semaine par an, ils sont quatre opérateurs à pêcher dans les eaux de Brière selon des techniques d’investigation scientifique peu connues : le premier pilote, le deuxième manie une perche électrique, le troisième une épuisette, et le dernier est responsable de la sécurité. À bord de leur embarcation, un groupe électrogène permet de créer un champ électrique puissant, agissant comme un aimant pour les poissons, qui le rejoignent en nombre. Lesdits poissons sont alors recueillis à l’épuisette, puis maintenus et conservés en vue de leur identification et de leur mesure. L’opération est renouvelée sur une dizaine de sites, chacun comptant 25 points de pêche. Au total, chaque année, entre 3 000 et 4 500 poissons sont pêchés et examinés avant d’être relâchés. « Plus qu’une quantité globale, nous cherchons à connaître l’évolution des populations. Sont-elles plus ou moins abondantes ? La taille des individus indique-t-elle un taux de reproduction correct ou, dans le cas de l’anguille, la bonne arrivée des civelles ? » explique M. Damien.

 

Des données objectives pour des arguments raisonnés

Divers constats ont conduit à la mise en place de ces suivis : la raréfaction des végétaux aquatiques, dont on connaît l’impact sur les communautés piscicoles ; des inquiétudes à propos de l’anguille, espèce patrimoniale ; le sentiment des pêcheurs que les poissons étaient moins nombreux… Face à tout cela s’est imposée la nécessité d’une vision fiable, documentée, permettant d’avancer des arguments raisonnés. Depuis 2004, avec l’appui scientifique de Jean-Marc Paillisson, chercheur à l’université de Rennes-1, le Parc naturel régional de Brière coordonne la production et le partage des données qui sont utiles aux syndicats de marais, aux associations de pêcheurs, aux pêcheurs professionnels de l’estuaire… ainsi qu’aux habitants et visiteurs, qui ne savent pas toujours que les poissons constituent un très bon indicateur de la qualité des milieux. D’année en année, les suivis piscicoles permettent de disposer d’un historique, et donc d’évaluer les actions menées dans une démarche de dialogue… pour que dans les eaux de Brière frétillent les poissons.