Tourbe et tourbage

Extrait manuellement en période d’étiage des canaux et « curées » le noir de Brière une fois séché et tamisé servait d’amendement dans les jardins briérons et était vendu à Nantes

 

Les mottes étaient mises à sécher sur les lieux de l’extraction avant d’être ramenées en chaland à proximité de la chaumière.

« Les vases organiques,
appelées « noir »

Localement du fait de leur couleur caractéristique,  les vases organiques ont été abondamment exploitées en Brière par le passé. Extrait manuellement en période d’étiage des canaux et « curées » ce produit une fois séché et tamisé servait d’amendement dans les jardins briérons.

A l’instar de la tourbe utilisée comme combustible, le noir était également acheminé par chaloupe au port de Nantes pour y être commercialisé. Dans les années 1880, 100 000 hectolitres environ y étaient déchargés chaque année. Au début du XXème siècle, le « noir » était vendu aux usines d’engrais sous le nom de carbonade. Cette activité commerciale a cessé dans les années 1920. « 

 

Le noir est mis à sécher avant d'être brulé

« Le temps du tourbage »

L’extraction de la tourbe est une activité liée au manque de bois sur le marais. La Brière est une terre nue, sur laquelle les arbres ne poussent qu’en très faible nombre. Le bois coûtait donc cher et les Briérons vendaient au marché au bois de Guérande le peu de bois qu’ils pouvaient ramasser. Les acheteurs étaient majoritairement des boulangers.

A partir de 1838, la Commission Syndicale surveille et contrôle l’extraction de la tourbe sur laquelle elle perçoit une taxe. Une carte de tourbage, qui donne le droit de tourber, doit être préalablement retirée chez le régisseur par les chefs de famille. Les gardes, nommés par la Commission Syndicale et chargés de quantifier la tourbe extraite, font également respecter certaines interdictions comme celle de tourber à moins de 10 mètres des chemins, nommés charreaux, ou à moins de 8 mètres des canaux.

La tourbe était découpée en mottes d’une longueur de 20 à 23 cm sur une section carrée de 10 à 15 cm. Ces mottes étaient ensuite mises à sécher sur les lieux de l’extraction avant d’être ramenées en chaland à proximité de la chaumière

Les Briérons s’estimant les seuls propriétaires de la tourbe entendent agir en toute liberté. Dans ces conditions, l’application des règlements établis par la Commission Syndicale, au nom des habitants, ne se fait pas sans susciter des réticences. C’est généralement entre le 15 août et le 15 septembre, époque de l’année où les eaux sont les plus basses, que la plupart des familles participent pendant plusieurs jours à ce grand travail collectif du tourbage.

Après les opérations de séchage, les mottes voyaient leurs dimensions réduites d’un tiers ou même de la moitié. Il fallait environ 5 jours d’extraction de tourbe pour chauffer une famille durant un hiver entier.

Les autres usages de la tourbe.

Elle fournit l’été des pâturages, des « glayeulx » qui mêlés au foin donnent un excellent fourrage, alors que d’autres « herbes marécageuses » servent de litière, ainsi que les joncs, et fournissent du fumier. Les « ros » (roseaux) et les joncs, alimentent les fours – de même que les avortes –, et servent à la couverture des maisons qui sont portées par des charpentes faites que de « quelques légers branchages » ou des mortas. Les cendres de tourbe sont utilisées comme engrais et la tourbe participe encore à la confection d’amendements. À ces ressources s’ajoutent, bien qu’elles ne soient pas citées dans les documents d’alors, l’exploitation de l’osier, du lin, de l’argile pour la poterie, ainsi que la chasse et la pêche.

Un passé révolu

L’arrêt de l’extraction du Noir mais également la coupe du roseau et la diminution de l’élevage ont entrainé une accumulation de vase et une progression de la roselière dans le marais de Brière. Pour maintenir et/restaurer les capacités hyrdrologiques, les fonctions biologiques et les usages humains, du réseau de canaux et de plans d’eau, des travaux réguliers d’entretien mécanisé ont été entrepris depuis plusieurs décennies. « 

« Optimiser l’entretien du marais »

A partir des années 1980, la Commission Syndicale de Grande Brière Mottière et le Parc naturel régional de Brière ont fait réaliser des études afin de définir les solutions techniques adaptées à l’extraction et à l’évacuation des vases hors du marais. Ces études ont mis en évidence la possibilité d’utiliser le noir de Brière en mélange dans des produits de type terreau, la vase de Brière ayant des caractéristiques sensiblement équivalentes à celles des tourbes brunes auxquelles elles pourraient se substituer.

Cependant les coûts d’exploitation, de transport, et la faible valeur ajoutée dans ce type de débouchés amenait à des prix de revient difficilement concurrentiels par rapport à l’importation de tourbes exploitées à grande échelle et industriellement. Le coût important aurait pu condamner sans doute le projet , mais c’était sans compter sur le contexte du marché des tourbes, auxquelles les vases pourraient être substituées, qui évolue rapidement et est en pleine mutation.