Les roselières à enjeux cartographiées

Profitant de l’inventaire réalisé au printemps sur la population de mâles chanteurs du Butor étoilé dans les marais de Grande Brière Mottière et de la Boulaie, le Parc a cartographié les secteurs où les roselières comportent les plus forts enjeux de préservation pour les oiseaux, et en particulier les espèces patrimoniales et menacées.

« Les roselières briéronnes sont déjà bien connues pour leur rôle d’accueil du Butor étoilé. Elles abritent, en effet, la deuxième population de France en période de reproduction. Mais il n’y a pas que le Butor qui apprécie ces roselières : il y a aussi le Héron pourpré, la Panure à moustaches, la Locustelle luscinioïde, etc. », précise Manon Simonneau, chargée d’opération en ornithologie au sein du Parc. L’évolution de la présence du Butor étoilé en Brière est suivie depuis 2007 par le Parc. Après avoir réalisé l’inventaire de cette population au printemps dernier, le Parc naturel régional de Brière a voulu croiser les données de leur localisation avec les caractéristiques des roselières qui les abritent pour déterminer celles qui présentent le plus d’enjeux pour cette espèce et, plus largement, pour les espèces sensibles comme celles évoquées plus haut.

Dans le prolongement du travail réalisé en 2016

Un gros travail de localisations des Butors, d’écoute des passereaux et de cartographie du marais avait déjà été réalisé par Manon Simonneau et Matthieu Marquet dès 2016. « Nous rentrions alors dans la roselière pour déterminer l’habitat optimal privilégié par la Locustelle luscinioïde, espèce classée “En danger” à l’échelle nationale et dont les roselières de Brière sont très certainement le principal bastion de reproduction français. Nous mesurions, par exemple, la hauteur des roseaux, la profondeur de l’eau ou encore l’épaisseur de la litière. En parallèle d’un important travail cartographique, cela nous avait alors permis de réaliser des connexions entre certaines caractéristiques de la roselière, et du marais plus généralement, et la localisation des Locustelles et des Butors pour déterminer ce qu’ils apprécient tout particulièrement pour nicher ».

Entre la mi-juin et la mi-juillet 2021, les équipes du Parc se sont de nouveau rendues en chaland dans les roselières, en particulier dans les zones où les mâles chanteurs de butor ont été localisés depuis 2007, afin de vérifier si les caractéristiques des roselières correspondaient à l’habitat optimal constaté en 2016 et estimer les causes de l’abandon de certaines zones du marais. « Ces incursions dans le marais nous ont permis d’obtenir une photographie globale de l’habitat en observant un certain nombre de critères : la roselière est-elle clairsemée ? Haute ? Y trouve-t-on des cariçaies (un peuplement de grands carex, des plantes très coupantes) ? ».

Seulement 15 à 20 % des roselières sont favorables au butor

Les données récupérées pendant ces sorties d’observation ont ensuite été traitées par les scientifiques du Parc. « Nous avons classé les roselières en appliquant des codes de sensibilité des habitats. Une roselière particulièrement haute et dense est, par exemple, très favorable à l’accueil de la Panure à moustaches, tandis que des roseaux légèrement plus bas et un peu moins denses plaisent également au Butor étoilé, si ce n’est plus si d’autres paramètres sont présents ». On s’aperçoit ainsi que, sur les près de 7000 hectares de marais de Grande Brière Mottière, seuls 1000 à 1400 sont favorables à l’accueil des mâles chanteurs de Butor étoilé, soit seulement 15 à 20 % de la surface totale. « Cela signifie que, même si la Brière s’étale sur des milliers d’hectares de marais, le Butor étoilé ne va pas aller s’installer n’importe où, car il a des préférences très particulières ! Sans compter d’autres espèces menacées comme le Phragmite aquatique, l’espèce de passereaux la plus menacée d’Europe continentale, qui utilise ces roselières comme halte pendant sa migration, tout comme la Rémiz penduline, dont le passage migratoire par la Brière a été attesté pour la première fois en 2017. Cela nous a ainsi permis de réaliser une cartographie des roselières à enjeux, c’est-à-dire les plus sensibles pour la conservation des oiseaux, qui sera très précieuse comme outil d’aide à la décision pour les différents usages du marais dans les mois et années à venir ».

Butor étoilé : en quête des mâles chanteurs
Cinq ans après le dernier inventaire d’envergure conduit dans les marais de Grande Brière Mottière et de la Boulaie, au cœur des marais de Donges et du Brivet, le Parc a de nouveau comptabilisé les mâles chanteurs du Butor étoilé au printemps 2021. Résultat : le nombre d’oiseaux briérons dénombrés semble avoir diminué de près de 40 %, passant de 55-60 mâles chanteurs en 2016 à une estimation comprise entre 31 et 37 ! Cette estimation reste cependant à prendre avec prudence compte tenu des conditions météorologiques médiocres du printemps qui ont certainement biaisé le dénombrement.
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