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Les mutations du XIXè et XXè siècle

Le milieu du XIXè siècle est marqué par l’avènement de l’ère industrielle et le développement des réseaux de communication. La région n’échappe pas à cette évolution et entraîne pour les Briérons des mutations sociales profondes et l’apparition de nouvelles ressources.

Une zone humide desséchée : les marais de Donges

L’œuvre accomplie est considérable :

7 790 hectares sont desséchés dont 5 332 étaient entièrement submergés ; plus de 83 kilomètres de canaux de navigation sont ouverts (quatre de navigation, longs de 47 kilomètres, et seize de simple dessèchement), 4 écluses et 1 clapet sont édifiés ainsi que 23 ponts, alors que des chemins sont tracés. La digue de ceinture entre Saint-Joachim et Kerfeuille, qui s’appuie sur une chaussée existante, est surélevée et élargie.

La Compagnie de Bray, obtient du roi, le 2 juillet 1817, la concession du dessèchement des marais de Donges. Les travaux commencés en 1819 seront reçus le 10 juin 1825. Le paysage est considérablement modifié. Il est désormais quadrillé par les canaux et les douves, qui encadrent des prairies fauchées ou pâturées alors que les canaux de navigation sont longés par des chemins de halage et des rangées d’arbres. D’autre part, les écluses, en empêchant la remontée des eaux de l’estuaire par les étiers (sauf lors d’envois d’eau d’irrigation) déconnectent les marais de Donges du système estuarien et transforment en bordure de la Loire, l’écosystème des anciens marais.

 « L’affaire » du dessèchement des marais de Donges est une longue et douloureuse page de l’histoire du pays briéron

L'industrialisation à raison de l'activité salicole du Pays Guérandais.  Déprise salicole, saline en friche Figure – Marais à vendre

Une zone humide en recul : le bassin salicole de Mesquer

La saliculture locale, qui a largement perdu ses marchés à l’international lors des guerres de la Révolution et de l’Empire – marchés qu’elle ne retrouve pas ensuite –, se maintient dans un premier temps. Cependant, l’émergence de l’industrialisation a raison de la production locale qui ne peut pas faire concurrence avec les sels de l’Est.

Toutefois, bien que la demande en sel diminue en raison de la mise en œuvre de méthodes frigorifiques pour les aliments, le Pays guérandais résiste. Le commerce du sel du bassin du Mesquer, en raison du maintien du cabotage, reste actif jusque dans la première moitié du XXe siècle. Mais le déclin n’est pas moins réel. La dégradation du réseau hydraulique, le vieillissement des producteurs qui met en cause la transmission des savoir-faire posent dans les années 1950-1970 la question de la continuité de l’activité salicole.

Une zone humide préservée en dépit de menaces pesant sur elle : la Grande Brière Mottière

Draguées le plus souvent, les terres noires, sont mises à sécher et tamisées, puis commercialisées pour servir à la confection d’engrais en étant associées, par coupage ou mélange, comme matières absorbantes à des noirs de raffinerie.

Le canal de Trignac dans les marais de Brière est construit dans les années1860

@collectionPnrB

Au début du XIXe siècle, la mise en valeur de la Grande Brière Mottière reste traditionnelle et l’exploitation ainsi que le commerce de la tourbe gardent toute leur importance. Certaines activités en lien avec le commerce de la tourbe se transforment : la construction navale sur l’étier de Méan se lance dans la construction de navires de plus de 100 tonneaux. Des ressources nouvelles apparaissent, celles des sangsues, dès les années 1820, et surtout, dans les années 1840, celle des « terres noires » (résidu provenant de l’extraction de la tourbe que l’eau dépose dans les excavations, les douves, les chalandières, les curées et les canaux où elles se mêlent à des vases organiques et des débris végétaux).

La zone humide n’en est pas moins menacée.

Au début des années 1800, les zones marécageuses sont réputée malsaine. Une loi qui s’inscrit dans idéal de salubrité publique, est alors votée, elle rationalise l’exploitation.Un règlement de tourbage est élaboré, une Commission syndicale de Grande Brière Mottière, premier organisme de gouvernance pour ce territoire le fera appliquer. Cependant, les Briérons, attachés à l’idée que la tourbe repousse, y sont hostiles, de plus, en raison du manque d’épaisseur du banc tourbeux, cette technique est inapplicable. Aussi la zone humide est préservée ainsi que le mode de tourbage traditionnel et les outils habituellement employés (mare et salet).

Dans les années 1850, une autre menace pèse sur le tourbage. En effet, le dessèchement estival de la Grande Brière Mottière est mal assuré ce qui rend l’extraction de la tourbe impossible. Cette situation est imputable aux transformations de l’écoulement des eaux que le dessèchement du marais de Donges a entraînées. Les effets de chasse ne sont plus aussi efficaces : l’étier de Méan s’envase et l’évacuation des eaux pluviales qu’il draine est de plus en plus mal assurée.

La nécessité de réaliser des travaux hydrauliques s’impose. Il s’ensuit la construction de l’écluse de Trignac (1862-1863) et l’ouverture du canal de Trignac (1866-1868) qui permettent des effets de chasse avec l’eau ainsi collectée et retenue. Mais, autour des années 1860, face à la concurrence des chemins de fer, le déclin des chantiers de construction navale en bois de l’étier de Méan s’amorce. Pour les charpentiers briérons, il faut trouver du travail ailleurs ; à Nantes, d’abord, puis dans les deux chantiers navals nazairiens contribuant à la réussite de la construction navale de Saint-Nazaire.

Ainsi, le commerce des terres noires cesse totalement au début du XXe siècle au profit de produits de substitution des phosphates aux « noirs » comme engrais dans l’agriculture. Le tourbage, quant à lui, est également en recul en raison des évolutions économiques et sociales (l’usage du charbon comme combustible provoque la diminution puis de l’arrêt du commerce de la tourbe) mais également des conditions hydrauliques.

« Nous en sommes propriétaires de la Grande Brière Mottière, nous ne voulons pas que d’autres se chargent malgré nous de l’améliorer, nous le ferons nous-mêmes ».

Au lendemain de la 1ère guerre mondiale, en 1921 la Commission syndicale de Grande Brière Mottière rejette le principe de « dessécher de manière complète » la Grande Brière Mottière voulu par le préfet en 1913. Pour la Commission syndicale, il s’agit de maîtriser le niveau des eaux afin de permettre une mise en valeur diversifiée de la Grande Brière Mottière. Mais, très rapidement la nécessité de travaux d’ensemble s’impose. L’ingénieur du génie rural René Talureau propose outre la construction du barrage éclusé de Méan (achevé en 1937) un vaste programme de canalisation en Grande Brière Mottière.

En 1942, en raison de la décision des autorités allemandes, prise au lendemain de l’opération Chariot (28 mars 1942), d’inonder la Brière et de leur refus ensuite de baisser le niveau d’eau, ces travaux sont remis en cause. Il faut attendre les années 1950, pour voir une relance des projets d’ensemble. René Talureau propose « l’assèchement, l’aménagement et la mise en valeur des marais de la Grande Brière Mottière » dans une perspective agricole. De nombreux travaux sont entrepris (tel le canal de Cinq-Mètres), mais les résultats s’accompagnent de leur lot de désillusions et surtout de nouveaux rapports au territoire s’établissent. Aussi ces travaux, qui ont pour but le desséchement de territoire, sont-ils contestés et abandonnés au début des années 1960.

Après les années 1960, La Grande Brière Mottière reste une zone humide. Son exploitation est en recul : le tourbage a disparu dans les années 1950, l’exploitation du roseau et l’élevage sont en déclin. L’entretien des canaux est moins bien assuré, la roselière ainsi que les boisements de saules s’étendent et avec eux les atterrissements. Surtout, le territoire s’ouvre de plus en plus à des usages sociaux liés aux loisirs soit exercés par des Briérons (chasse pêche), soit destinés à d’autres (tourisme), alors que la volonté de préserver l’environnement progresse. La question du niveau de l’eau prend alors une importance nouvelle et souvent conflictuelle. Pour les Briérons, dont l’activité professionnelle se situe le plus souvent à l’extérieur de la Brière, le lien au territoire reste très fort mais se redéfinit alors que se perdent les savoir-faire traditionnelles ancestraux et les traditions se perdent.

Pour les zones humides, dans les années 1960, le bilan est contrasté : maintien pour la Grande Brière Mottière, menace de disparition pour la zone salicole, disparition pour les marais de Donges. Mais globalement, il est négatif. Elles sont en recul et leurs fonctionnalités hydrauliques (rétention des eaux, ralentissement de leur écoulement, écrêtement des crues, recharge des nappes), épuratives et biochimiques (assainissement des eaux, stockage du carbone) ainsi qu’écologiques (forte production de biomasse, forte biodiversité, zones d’escale sur les routes migratoires des oiseaux, habitat spécifique ou privilégié pour diverses espèces menacées) se trouvent réduites.

Pour en savoir plus :
GALLICE, Alain, La Grande Brière Mottière du XIXe siècle à la mise en place du Parc naturel régional, Les cahiers du Pays de Guérande n° 54, numéro spécial, 2011, p. 7-65 et 80-103 (articles sur l’évolution de la Grande Brière Mottière (Alain Gallicé), sur les terres noires et le commerce de la tourbe et des terres noires (Jean-Louis Monvoisin). GALLICE, Alain, « Le B rivet de la construction de l’écluse de Rozé à celle du barrage éclusé de Méan (années 1820-années 1930) », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, t. 147, 2012, p. 355-404. GUERIFF, Fernand, La marine en bois du Brivet : navires et marins de Brière, Le Pouliguen, éditions Jean-Marie Pierre, 1977. MONVOISIN, Jean-Louis, « Les chantiers navals de Brière aux XVIIIe et XIXe siècles », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, t. 144, 2009, p. 239-271.