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Anguilles argentées : compter les futurs géniteurs de Brière

Le Parc a lancé une vaste opération de comptage des anguilles argentées (les futurs reproducteurs, mâles et femelles). Quatre sessions ont eu lieu, de nuit, en décembre dernier dans le marais.

L’anguille européenne est une espèce en danger critique d’extinction et fait l’objet d’un plan de sauvegarde européen. « La Brière n’échappait pas au constat de forte régression de sa population », explique Jean-Patrice Damien, chargé de mission environnement au Parc naturel régional de Brière. « Depuis quelques années, nous avons mené tout un travail pour permettre aux civelles de remonter de l’Estuaire jusqu’aux marais du Brivet ». Des manœuvres de vannes et des ouvertures de vantelles sont mises en œuvre au niveau des barrages estuariens, avec une certaine efficacité. « Aujourd’hui, nous constatons une remontée de la population anguillère grâce au retour des civelles initié il y a quatre ou cinq ans. Une fois arrivées dans les marais, elles se métamorphosent en anguilles et y grandissent ». 

Combien de géniteurs pour les prochaines générations ?

Une nouvelle étape doit désormais être franchie : tous les ans, les futurs reproducteurs profitent des crues d’hiver pour dévaler vers l’océan avant de parcourir 7000 km jusqu’à la mer des Sargasses, lieu du frai. « Une anguille ne se reproduit qu’une fois dans sa vie. Aussi, pour la survie de l’espèce, il est nécessaire qu’un nombre suffisant d’anguilles réalise ce long voyage sans retour », poursuit Jean-Patrice. Les scientifiques du Muséum et le Parc naturel Régional de Brière ambitionnent de répondre à la question : à quelle hauteur les marais de Brière contribuent-ils à la sauvegarde de l’espèce ? Afin d’y répondre, une première phase test a donc été mise en place cet hiver pour estimer la production d’anguilles argentées. « Matures, les anguilles ont le dos argenté et le ventre clair, l’œil s’agrandit… Elles sont facilement identifiables ». Pour les compter, les anguilles ont été sorties de l’eau brièvement, le temps d’effectuer des mesures biométriques, grâce à la pêche au carrelet. Une pêche qui s’est effectuée de nuit, avec l’aide de dix pêcheurs volontaires de l’Association des Pêcheurs de Grande Brière Mottière. « Les anguilles ont ensuite été, bien évidemment, remises vivantes à l’eau ».

La science collaborative en action

L’Association des Pêcheurs de Grande Brière Mottière a soutenu l’étude en relayant les informations auprès de ses adhérents et, munie des autorisations spécialement accordées pour les sorties nocturnes, en aidant les scientifiques à attraper, sans les blesser, les anguilles du marais. « Ils ont une connaissance empirique de cette pêche particulière et ils possèdent les outils pour pêcher. C’est ce qu’on peut appeler de la science collaborative. Depuis deux décennies, nous travaillons avec eux, mais c’est la première fois que nous avons cette implication sur le terrain. C’est toute l’originalité de ce projet ! », conclut Jean-Patrice Damien. L’équipe du parc s’est également appuyée sur l’expertise du Muséum National d’Histoire Naturelle de Dinard. « Cette première phase est riche d’enseignements nécessaires pour dimensionner une étude sur l’anguille argentée inédite pour un territoire aussi vaste que les marais briérons », précise Thomas Trancart, responsable du projet au MNHN.

« Nous possédons le matériel et, surtout, le savoir ancestral »

Didier Montfort, pêcheur et ancien président de l’Association des Pêcheurs de Grande Brière Mottière, est l’un des usagers briérons à avoir participé à la pêche aux anguilles en décembre. « Nous soutenons pleinement l’initiative du Parc et du Muséum. Pour nous, la connaissance du milieu dans lequel nous évoluons nous permet de proposer de meilleures mesures de gestion, à la fois de nos marais et de notre activité. Et c’est passionnant ! Nous avons participé aux réunions de préparation de cette campagne de comptage et nous avons mobilisé nos adhérents, car nous avons le matériel, les bateaux et le savoir ancestral de cette pêche si spécifique. En effet, les contraintes sont nombreuses : en automne et en hiver, il faut notamment qu’il fasse nuit noire, que le temps soit doux, agité, avec du courant. Dix pêcheurs de notre association se sont relayés pour accompagner Jean-Patrice Damien et Pablo Rault, du MNHN, dans cette étude. Et nous sommes partants pour continuer ! »

Suivis piscicoles : les poissons à la trace
Chargé de mission environnement au syndicat mixte du Parc de Brière, Jean-Patrice Damien l’annonce d’emblée : « Les poissons, c’est un domaine très particulier : ils restent sous l’eau, personne ne les voit »… sauf ceux qui ont l’art et la manière de les dénicher ! Les suivis piscicoles effectués dans le Parc de Brière visent à mieux connaître et faire connaître ces habitants des marais. Une démarche menée afin de donner aux différents acteurs des leviers d’action en vue de la préservation des espèces, car le but poursuivi est bien le même pour tous : protéger la ressource.
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