L’anguille : extraordinaire voyageuse

Moins spectaculaire que le Saumon, l’Anguille n’en est pas moins est un extraordinaire poisson migrateur. Après avoir grandies pendant plusieurs années dans les lagunes, marais, étang et rivières répartis du nord de l’Europe à l’Afrique du Nord, les anguilles vont rejoindre leur aire de reproduction localisée aux environs de la mer des Sargasses.

une aventure hors norme

C’est durant son périple unique et encore méconnue que les anguilles deviennent sexuellement matures.  La reproduction et la maturation des œufs se feraient dans les abysses. Puis les larves sont progressivement amenées auprès de nos côtes par les courants transocéaniques.

A l’approche du plateau continental elles se métamorphosent en Civelles, individus translucides de 80 mm pour 0.3 gramme. Les civelles vont progressivement coloniser les zones humides continentales tout en y grandissant. Rapidement elles se pigmentent, deviennent anguillettes, puis anguilles jaune (dos verdâtre et ventre jaunâtre). Juste avant de partir se reproduire, elle se métamorphose en anguille dite argentée, au dos noir et ventre blanc.  Historiquement elle était présente dans tous les cours d’eau et marais, du littoral aux montagnes. En France son aire de répartition a  été considérablement réduite par le drainage des zones humides et les barrages hydrauliques érigés en travers des rivières.

Le cycle biologique de l’anguille

Une espèce menacée

Le barrage de Méan : premier obstacle aux civelles

L’anguille européenne Anguilla anguilla est une espèce en forte régression depuis les années 80s. Elle est considérée comme une espèce menacée ou en risque d’extinction à l’échelle européenne et donc mondiale. Il s’agit d’une espèce protégée au titre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvage menacées d’extinction ; dite Convention CITES. L’anguille européenne figure sur la liste rouge des espèces menacées en France de l’UICN. Elle fait l’objet d’un plan de sauvegarde européen depuis 2007, visant la restauration des habitats et la réduction de l’effort de pêche à tous les stades de développement de l’espèce.

Obstacles à la migration, pollutions, surpêche, destruction de ses habitats, parasitisme, … font partis des multiples facteurs qui concourent à fragiliser cette espèce

L’anguille en Brière

Pêche à la nasse en Brière

De tout temps, l’espèce a été prisée des pêcheurs locaux, pêchée à tous les stades. Dans l’estuaire de la Loire la civelle est recherchée par des pêcheurs professionnels. Dans les Marais les pêcheurs amateurs prélèvent l’anguille jaune. Le stade argenté, individus entamant leurs  migration de reproduction à l’automne, n’est plus pêché depuis la fermeture annuelle de l’anguille au 31 août.

Si l’Anguille se pêche à la ligne, c’est principalement aux engins (carrelet, nasses, fouine…) qu’elle est recherchée dans les marais de Brière et du Brivet.

Pimpeneau, coureuse, mailloche, grosse-tête…
d’autres appellations briéronnes pour l’anguille

Un dédale de chenaux propice aux anguilles

Bastion historique de l’espèce, à proximité immédiate de la principale arrivée océanique de civelles (larves d’anguille), les marais briérons ont également vu leur peuplement d’anguilles s’y raréfier sur les dernières décennies. Sur la base de suivis scientifiques annuels, gestionnaires des milieux et pêcheurs amateurs se sont mobilisés pour contrer cette tendance depuis les années 2010s. Les premiers ont travaillé sur la restauration des continuités écologiques. Les seconds ont accepté des réductions de l’effort de pêche.  Grace aux efforts alloués à la migration des civelles, une remontée des populations est impulsée depuis 2012.  
Une bonne nouvelle qui doit se confirmer par le retour  d’anguilles argentées vers leur site de reproduction.   

Pour en savoir plus:

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/66832http://www.logrami.fr/sensibilisation/poissons-migrateurs/anguille/

 
Suivis piscicoles : les poissons à la trace
Chargé de mission environnement au syndicat mixte du Parc de Brière, Jean-Patrice Damien l’annonce d’emblée : « Les poissons, c’est un domaine très particulier : ils restent sous l’eau, personne ne les voit »… sauf ceux qui ont l’art et la manière de les dénicher ! Les suivis piscicoles effectués dans le Parc de Brière visent à mieux connaître et faire connaître ces habitants des marais. Une démarche menée afin de donner aux différents acteurs des leviers d’action en vue de la préservation des espèces, car le but poursuivi est bien le même pour tous : protéger la ressource.
En savoir plus
Poissons des marais Brièrons

Les marais de Brière recèlent une profusion de vies sauvages. Notre patrimoine naturel est exceptionnel tant par la diversité des êtres qui le compose que par leur particularités. Alors même que tout un pan de la culture briéronne repose sur les poissons et leur pêche, longtemps l’expertise scientifique ne s’est que peu intéressée à ce qui se passait sous l’eau. Le présent ouvrage tente de manière pédagogique de retranscrire l’essentiel des acquis et expose un ensemble de mesures à développer en faveur des poissons et d’une pêche pérenne.

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