Butor étoilé : en quête des mâles chanteurs

Cinq ans après le dernier inventaire d’envergure conduit dans les marais de Grande Brière Mottière et de la Boulaie, au cœur des marais de Donges et du Brivet, le Parc a de nouveau comptabilisé les mâles chanteurs de Butors étoilés. Résultat : le nombre d’oiseaux briérons dénombrés a diminué, passant de 55-60 mâles chanteurs en 2016 à une estimation comprise entre 30 et 40 !

 

@P_Sabine

Imaginez quelqu’un qui soufflerait dans le goulot d’une bouteille en verre, à la manière d’une flûte de pan. Ou plutôt une corne de brume. Voilà le son caractéristique émis par les mâles chanteurs de Butors étoilés pour séduire les femelles et défendre leur territoire. Au printemps 2021, durant un peu plus d’un mois, à l’aube et au crépuscule, les équipes du parc, accompagnées de volontaires/bénévoles, ont quadrillé le marais, se positionnant de manière stratégique pour comptabiliser ces « sifflements » et évaluer le nombre d’individus présents. Déjà en 2016, le Parc avait étudié de près la population de mâles chanteurs de Butor étoilé, une espèce d’oiseau menacée en Europe qui a fait l’objet par le passé d’un plan national de restauration. Elle était alors considérée comme l’une des espèces « phares » du document d’objectifs Natura 2000 pour le volet « Oiseaux » du site Natura 2000 briéron. Les dénombrements avaient alors situé les effectifs autour de 55 à 60 individus (contre 250 individus alors recensés dans toute la France).

Plusieurs points d’écoute, plusieurs fois par semaine

En 2021, plusieurs sites français où le Butor étoilé est répertorié effectuaient cet inventaire. En Brière, le dénombrement a nécessité une organisation hors pair ! Durant un mois et demi, entre la mi-avril et la fin-mai, en fonction de la météo, trois à quatre sorties hebdomadaires ont réuni des volontaires, le soir ou le matin. Les observateurs ont embarqué par équipes à bord de chalands et se sont répartis en différentes localisations afin d’assurer un quadrillage du terrain par la réalisation de points d’écoute. Durant dix minutes, plusieurs fois par sortie, les équipes notent chaque contact de mâles chanteurs à la seconde près et les géolocalise à la boussole. « On estime que le Butor est proche de nous quand on entend son inspiration avant le chant », précise Matthieu Marquet, responsable du service biodiversité au parc de Brière. Au signal lancé par Matthieu Marquet, chacun ouvre grand ses oreilles : « 5 booms, à 70° , proche », « 3 booms à 110°, loin ».

 Un bilan mitigé !

À l’issue de cette vaste campagne, près de 70 localisations auront été investies en Brière, et 220 temps d’écoute réalisés sur la totalité des sorties. « Nous en profitons également pour répertorier d’autres espèces, comme la Locustelle luscinioïde, une autre espèce en danger, la Gorgebleue à miroir et autres Râles d’eau… Cela nous donne une vision de l’état de notre biodiversité ». Le travail cartographique, qui vise à croiser les azimuts relevés par les équipes et qui permet de localiser les oiseaux sur le marais avant de les dénombrer, est réalisé par Manon Simonneau, chargée d’opération en ornithologie au Parc. Par cette approche, entre 30 et 40 mâles chanteurs de Butors sont comptabilisés. Les résultats de l’inventaire de 2021 montrent une nette diminution de la population du Butor étoilé en Brière à l’instar de d’autres sites français (estuaire de Seine, Brenne …). La large fourchette d’incertitude s’explique par les conditions météorologiques non optimales dans lesquelles les écoutes ont été réalisées. Le vent, même faible, présent pendant presque toutes les sorties a biaisé certaines des écoutes, et par là-même l’estimation de la direction des chants et donc la localisation des oiseaux. A la vue de ce constat, qui semble corroborer la diminution de la population du Butor étoilé en France, la mise en place d’un nouveau plan national d’action semble clairement justifiée.

©P_Sabine

 

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