Butor étoilé : en quête des mâles chanteurs

Cinq ans après le dernier inventaire d’envergure conduit dans les marais de Grande Brière Mottière et de la Boulaie, au cœur des marais de Donges et du Brivet, le Parc a de nouveau comptabilisé les mâles chanteurs du Butor étoilé au printemps 2021. Résultat : le nombre d’oiseaux briérons dénombrés semble avoir diminué de près de 40 %, passant de 55-60 mâles chanteurs en 2016 à une estimation comprise entre 31 et 37 ! Cette estimation reste cependant à prendre avec prudence compte tenu des conditions météorologiques médiocres du printemps qui ont certainement biaisé le dénombrement.

 

@P_Sabine

Imaginez quelqu’un qui soufflerait dans le goulot d’une bouteille en verre, à la manière d’une flûte de pan. Ou plutôt une corne de brume. Voilà le son caractéristique émis par les mâles chanteurs du Butor étoilé pour séduire les femelles et défendre leur territoire. Au printemps 2021, durant un peu plus d’un mois, à l’aube et au crépuscule, les équipes du parc, accompagnées de volontaires/bénévoles, ont quadrillé le marais, se positionnant de manière stratégique pour comptabiliser ces « sifflements » et évaluer le nombre d’individus présents. Déjà en 2007, 2008, 2009 et 2016, le Parc avait étudié de près la population de mâles chanteurs du Butor étoilé, une espèce d’oiseau menacée en Europe qui a fait l’objet par le passé d’un plan national de restauration. Elle était alors considérée comme l’une des espèces « phares » du document d’objectifs Natura 2000 pour le volet « Oiseaux » du site Natura 2000 briéron. Les dénombrements avaient alors situé les effectifs autour de 55 à 60 mâles chanteurs (contre près de 280 individus estimés en 2012 dans toute la France).

Plusieurs points d’écoute, plusieurs fois par semaine

En 2021, plusieurs sites français où le Butor étoilé est répertorié effectuaient cet inventaire. En Brière, le dénombrement a nécessité une organisation hors pair ! Durant un mois et demi, entre la mi-avril et la fin-mai, en fonction de la météo, trois à cinq sorties hebdomadaires ont réuni 63 volontaires au total, le soir ou le matin. Les observateurs ont embarqué par équipes à bord de chalands et se sont répartis en différentes localisations afin d’assurer un quadrillage du terrain par la réalisation de points d’écoute. Durant dix minutes, plusieurs fois par sortie, les équipes notent chaque contact de mâles chanteurs à la seconde près et les géolocalisent à la boussole. « On estime que le Butor est proche de nous quand on entend son inspiration avant le chant », précise Matthieu Marquet, responsable du service biodiversité au parc de Brière. Au signal lancé par Matthieu Marquet, chacun ouvre grand ses oreilles : « 5 booms, à 70°, proche », « 3 booms à 110°, loin ».

 Un bilan mitigé !

À l’issue de cette vaste campagne, près de 70 localisations auront été investies en Brière, et 220 temps d’écoute réalisés sur la totalité des sorties. « Nous en profitons également pour répertorier d’autres espèces, comme la Locustelle luscinioïde, une autre espèce en danger, la Gorgebleue à miroir ou encore le Râle d’eau. Cela nous donne une vision de l’état de notre biodiversité ». Le travail cartographique, qui vise à croiser les azimuts relevés par les équipes et qui permet de localiser les oiseaux sur le marais avant de les dénombrer, est réalisé par Manon Simonneau, chargée d’opération en ornithologie au Parc. Par cette approche, entre 31 et 37 mâles chanteurs du Butor ont pu être comptabilisés. Les résultats de l’inventaire de 2021 montrent une nette diminution de la population du Butor étoilé en Brière (de l’ordre de 40 %), à l’instar d’autres sites français (estuaire de Seine, Brenne…). La fourchette d’incertitude s’explique par les conditions météorologiques non optimales dans lesquelles les écoutes ont été réalisées. Le vent, même faible, présent pendant presque toutes les sorties a biaisé certaines des écoutes, et par là même l’estimation de la direction des chants et donc la localisation des oiseaux. La météo médiocre du printemps a également fortement biaisé l’estimation du nombre de mâles chanteurs, dont la fourchette retenue reste à considérer avec du recul, car il n’est pas impossible que certains mâles n’aient pas chanté pendant les temps d’écoute, plus particulièrement en raison du vent. Néanmoins, à la vue du constat de ce déclin à l’échelle de la Brière, qui semble corroborer la diminution de la population du Butor étoilé en France, la mise en place d’un nouveau plan national d’action semble clairement justifiée.

©P_Sabine

 

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