Micromammifères en danger

Dans le cadre de son plan de gestion 2019-2024, la Réserve naturelle régionale (RNR) « Marais de Brière » a décidé d’en savoir plus sur l’évolution des micromammifères. Pour cela, elle a mené en 2020 un inventaire de la musaraigne aquatique et du campagnol amphibie. Cette année, en 2021, c’est au tour du rat des moissons d’être inventorié. Explications.

« C’est la première fois que la RNR lance un inventaire de ces trois espèces. Nous savons qu’elles sont présentes sur le territoire – elles ont été régulièrement retrouvées dans les pelotes de réjection de chouettes effraies –, mais nous n’avons pas de données précises », explique Alice Petit, technicienne RNR et Natura 2000. La dernière action menée date des années 1990 : une campagne de piégeage avait alors été organisée sur un seul site de la RNR, la réserve Pierre Constant, et concernait tous les micromammifères. D’ailleurs, à l’époque, ces trois espèces n’avaient pas été retrouvées. Pourtant, la découverte d’indices de campagnol amphibie sur ce même site en 2017 interroge les gestionnaires… « Nous avons choisi de travailler sur ces trois micromammifères parce que ce sont des espèces protégées et menacées en France. En tant que RNR, il nous incombe donc la responsabilité de les préserver. » Alors, première étape essentielle avant de faire quoi que ce soit : faire l’inventaire !

Des résultats pauvres et inquiétants

Musaraigne aquatique®W-MAILLARD

Un inventaire de la musaraigne aquatique a donc été réalisé entre mai et septembre 2020 au sein des trois entités de la RNR et autour du marais, en collaboration avec un bureau d’études expert des mammifères, le GREGE. La méthode ? Rechercher des indices de présence de l’animal (poils, excréments) en laissant à divers emplacements des tubes en PVC appâtés pour l’attirer.

Résultat : sur 50 sites échantillonnés, un seul tube placé en périphérie du marais, à quelques mètres de la Maison du Parc de Fédrun, a donné des indices de musaraigne aquatique. Sa présence a toutefois aussi été attestée en parallèle de l’inventaire, sur l’île de Mazin.  Au terme de l’inventaire, seulement cinq autres espèces de micromammifères ont été détectées. Quant à l’inventaire du campagnol amphibie mené en juin et juillet 2020 (recherche de coulées, de réfectoires et de crottiers), les résultats sont également maigres : sur 17 sites prospectés, seulement trois étaient positifs – deux sites à l’extérieur de la réserve, dans des secteurs de marais moins soumis aux variations d’eau, et un site de la réserve, au cœur de la Grande Brière.

Une perte tangible de la biodiversité

Campagnol amphibie . ©D.Avondes

« Notre rôle, c’est de faire de la veille et de tirer la sonnette d’alarme quand cela est nécessaire, précise Alice Petit. Nous devons tous prendre conscience de ce que nous avons déjà perdu et ne pas perdre ce qu’il reste ! D’où la création et la protection de réservoirs de biodiversité. » Le constat est sans appel : il y a bien eu une perte de la biodiversité au fil des années, notamment pour le milieu aquatique, avec un réel appauvrissement des invertébrés aquatiques (nourriture de la musaraigne aquatique). « On assiste aussi à une dégradation de ce milieu suite à l’introduction d’espèces envahissantes comme le ragondin dans les années 1980 ou l’écrevisse de Louisiane en 1987 qui perturbent l’écosystème : les herbiers flottants qui servaient de filtres, de refuges et de nourriture pour un grand nombre d’espèces ont alors disparu, tandis que le milieu est moins oxygéné, plus turbide. » 

 

Des prospections supplémentaires en 2021: à la recherche du rat des moissons

Afin de compléter la connaissance des micromammifères de la zone humide, des prospections ont été effectuées en septembre 2021 pour rechercher le rat des moissons. L’inventaire consiste à rechercher des nids d’été dans des zones favorables à l’habitat de l’animal (roselière, bordures de prairie de fauche, mégaphorbiaie…). A l’issue de cet inventaire, il semblerait que l’habitat favorable à cet animal s’étende sur de vastes surfaces en Brière ! De nombreux nids et ébauches de nids ont été trouvés au sein des trois sites de la RNR, attestant de la présence du rat des moissons dans les prairies en périphérie du marais ainsi qu’au cœur du marais. Cela conforte les résultats obtenus quelques années auparavant à l’issue de l’analyse des pelotes de réjection de l’Effraie des clochers, prédatrice du rat des moissons, menée par les naturalistes locaux sur l’ensemble du territoire. Ces analyses mentionnaient le petit animal comme relativement fréquent à l’échelle du bassin briéron. Son bon maintien en Brière contraste avec la situation de la musaraigne aquatique et du campagnol amphibie : il peut s’expliquer par un mode de vie épigé qui permet au rat des moissons de se maintenir dans des roselières très inondées, ainsi que par son régime alimentaire plutôt omnivore.

 

Nid de rat des moissons | A.Petit

Nettement moins menacé que la musaraigne aquatique et le campagnol amphibie, le rat des moissons nécessite toutefois notre attention en raison de sa dépendance au maintien des zones humides.
Un plan d’actions devrait être défini et mis en œuvre par la RNR, voire au-delà, pour participer activement à la préservation de ces trois espèces en danger.

 

 

 

Pour en savoir plus ! Les références citées :
– Touzalin, F. 2003 – Étude Biogéographique des micromammifères de Loire-Atlantique à partir de l’analyse des pelotes de réjection de l’Effraie des clochers, Tyto alba (SCOPOLI, 1769). Thèse, Faculté de médecine de Nantes, France.
– Lelievre Q. 2012 – Nouvelle approche de la biogéographie de plusieurs espèces de micromammifères en Loire-Atlantique (44) au travers des pelotes de réjection de la Chouette effraie, Tyto alba (Scopoli, 1769). GNLA, Université Joseph Fourier. Rapport de stage.
– Darinot F. 2018 – Le Rat des moissons (Micromys minutus Pallas 1771) en France – Histoire, écologie, bilan de l’enquête 2013-2017. Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères, Bourges, 167 p.

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La Réserve naturelle régionale - Marais de Brière
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