©D. Sirugue
Une extraordinaire voyageuse
UNE AVENTURE HORS NORME
L’anguille européenne, Anguilla anguilla, est un poisson migrateur amphihalin catadrome, c’est-à-dire qu’elle grandit en eau douce et se reproduit en mer. Après avoir grandies entre 3 et 20 ans dans les lagunes, marais, étang et rivières répartis du nord de l’Europe à l’Afrique du Nord au stade d’anguilles jaunes, elles entrent en argenture : les anguilles jaunes deviennent des anguilles argentées. Certaines caractéristiques physiques évoluent : les yeux grossissent tout comme les nageoires pectorales, et la couleur change, passant d’un jaune verdâtre à un dos foncé et un ventre blanc aux reflets irisés. Une ligne latérale foncée se dessine.


Anguille argentée ©PnrB
Lorsqu’elles sont sexuellement matures, les anguilles argentées vont entamer un long voyage de 6000 km sans se nourrir afin de rejoindre la mer des Sargasses pour se reproduire et y mourir. C’est une espèce panmictique, c’est-à-dire que tous les individus de cette espèce se rejoignent sur un site unique pour se reproduire. Ainsi, si elles n’arrivent pas en mer au bon moment, elles ne pourront pas participer à la reproduction et par conséquent, au maintien de l’espèce.
Les œufs se développent dans les profondeurs, puis les larves, appelées leptocéphales, sont progressivement amenées auprès de nos côtes par le Gulf Stream, un courant d’eau chaude traversant l’Atlantique d’Ouest en Est, pour rejoindre les côtes européennes.

Larve d’anguille européenne, ou leptocéphale ©E. Feunteun
À l’approche du plateau continental, elles se métamorphosent en civelles, individus translucides d’environ 60 mm. Les civelles vont progressivement coloniser les zones humides continentales et y grandir. Rapidement elles se pigmentent, deviennent anguillettes, puis anguilles jaunes.

Cycle de vie de l’Anguille européenne ©AFP, modifié
Statut de l’anguille aujourd’hui
Historiquement, elles étaient présentes dans tous les cours d’eau et marais, du littoral aux montagnes. En France, son aire de répartition a été considérablement réduite par le drainage des zones humides et les barrages hydrauliques érigés en travers des rivières.
Cette espèce, avant considérée comme invasive, est en forte régression depuis les années 1980. Elle est considérée comme espèce menacée et en danger critique d’extinction selon l’UICN depuis 2008. Il s’agit d’une espèce protégée au titre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvage menacées d’extinction ; dite Convention CITES. Elle fait l’objet d’un plan de sauvegarde européen depuis 2007, visant la restauration des habitats et la réduction de l’effort de pêche à tous les stades de développement de l’espèce.
Obstacles à la migration, pollutions, surpêche, dégradation ou destruction de ses habitats, parasitisme, prédation… font partis des multiples facteurs qui concourent à fragiliser cette espèce.
Les marais de Brière et du Brivet : milieu propice aux anguilles
Les marais du Parc naturel régional de Brière ont vu ces dernières décennies, à l’image du reste du territoire, leur peuplement d’anguilles s’y raréfier. Suite à ce constat, et en se basant sur les suivis scientifiques annuels, des travaux visant à favoriser l’arrivée des civelles en Brière ont été entrepris : ceci a permis une augmentation des effectifs depuis 2012.
Les marais représentent aujourd’hui un réservoir pour la population d’anguilles. Sa proximité avec l’estuaire limite la distance à parcourir en eau douce, et donc les pressions affectant leur remontée vers les eaux continentales. De plus, ces milieux sont préservés : il y a moins d’urbanisme, de pollution et pas de pêche professionnelle, créant des conditions très favorables à leur développement. La capacité de ce lieu à accueillir l’espèce pour son développement favorise l’ensemble de la population d’anguille européenne.
La pêche de l’anguille en Brière
De tout temps, tous les stades de l’espèce ont été prisés les pêcheurs. Dans les marais de Brière et du Brivet, les pêcheurs amateurs prélèvent l’anguille jaune, principalement aux engins : à la bosselle (nasse), au carrelet et à la fouine. Les anguilles ne sont aujourd’hui plus pêchées entre le 31 août et le 1er avril de l’année suivante, ce qui rend la capture d’anguille argentée impossible.
Dans l’estuaire de la Loire, la civelle est recherchée par des pêcheurs professionnels.

Pêche de l’anguille jaune dans les marais de Brière au carrelet ©C. Artero